1.10.10

L'étranger, de Charles Baudelaire



- Qui aimes-tu le mieux, homme énigmatique, dis ? Ton père, ta mère, ta soeur ou ton frère ?
- Je n'ai ni père, ni mère, ni soeur, ni frère.
- Tes amis ?
- Vous vous servez là d’une parole dont le sens m'est restée jusqu'à ce jour inconnu.
- Ta patrie ?
- J'ignore sous quelle latitude elle est située.
- La beauté ?
- Je l’aimerais volontiers, déesse et immortelle.
- L’or ?
- Je le hais comme vous haïssez Dieu.
- Eh ! qu'aimes-tu donc, extraordinaire étranger ?
- J'aime les nuages... les nuages qui passent... là-bas... là-bas... les merveilleux nuages !


 Nuages by Ronan and Erwan Bouroullec


- Dime, ser enigmático, ¿a quién quieres más, a tu padre, a tu madre, a tu hermana o a tu hermano?
- No tengo ni padre, ni madre, ni hermana ni hermano
- ¿Y tus amigos?
- Os servís de una palabra cuyo sentido me es hasta ahora desconocido
- ¿Y tu patria?
- Ignoro en qué latitud se encuentra
- ¿La belleza?
- La amaría de buen gusto, diosa e inmortal
- ¿El oro?
- Lo odio como odiáis a Dios
- ¿Qué amáis, pues, extraordinario extranjero?
- Amo las nubes…las nubes que pasan…allá…allá…¡las maravillosas nubes!


Petits Poëmes en prose
Le Spleen de Paris
Charles Baudelaire, 1869 (Édition de 1869).
Traducción de Nydia Lamarque 1º edición, 1961, México, Editorial Aguilar.

L’étranger, de Charles Baudelaire, est un poème en prose paru en 1862 parmi quatorze petits poèmes en prose précédés de la dédicace à Arsène Houssaye, puis dans l'édition posthume de 1869, placé en tête du recueil comme ouverture.